Lundi 7 septembre 2009
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Le MODEM pose décidément un souci à la gauche française "américaine"....
François BAYROU serait-il un obstacle crédible pour DSK ?
Extrait intégral d'un commentaire "au kilomètre" en provenance du blog de P. MOSCOVICI
2009-09-07 14:05
Pierre Moscovici - Commentaires d'actualité
Le débat sur les relatons entre le Centre et la Gauche envahit le paysage politique depuis la rentrée, au point de devenir obsédant. Tout a commencé avec la
réunion des amis de Vincent Peillon à Marseille, et la photo-choc d'un rassemblement allant de Robert Hue à Marielle de Sarnez, entonnant pour l'occasion un discours quasi-gauchiste. Cette
thématique a été présente à la Rochelle, où Martine Aubry a posé à François Bayrou des questions préalables à un dialogue. Celui-ci, très sollicité malgré sa défaite cinglante aux élections
européennes, et qui n'espérait peut-être pas jouer un tel rôle dans une rentrée qui ne se présentait pas bien pour lui, a répondu hier, avec un langage plutôt compliqué. Il accepte son
appartenance à l'opposition, exclut toute alliance avec l'UMP, lance une « offre politique de dialogue », propose un « Parlement de l'alternance », rejette dans le même
mouvement les exigences de la Première secrétaire, gentiment traitée de « surveillante générale ». Qu'en penser ? Les réactions socialistes ont été attendues. Vincent Peillon s'est jeté
sur la perspective d'un rassemblement anti-sarkoziste, avec une fougue digne de Jean-François Kahn, Benoit Hamon au contraire a réclamé avec scepticisme une « clarification du projet
politique du Modem ». Si l'intention du Président du Modem, bien aidé en l'occurence, était de diviser à nouveau les socialistes, il est en passe de réussir. Mais s'il s'agit de bâtir une
offre politique faisant sens, nous en sommes encore loin. J'avoue pour ma part ne comprendre ni l'attentisme des uns, ni le rejet absolu des autres. Depuis 2 ans, en fait, je plaide pour une
attitude qui me semble plus élaborée et fondée. Quel est, en effet, le véritable état de nos relations possibles avec le Modem ? Partons de constats simples. Le Centre, en France, est depuis le
début des années 1970 et l'entrée au gouvernement du mentor de François Bayrou, Jean Lecanuet, solidement ancré à droite. Le Président du Modem lui-même a fait l'essentiel de son parcours au sein
de la droite modérée, et fut on s'en souvient le ministre, sans brio, d'Edouard Balladur et d'Alain Juppé. Son électorat et ses militants restent, et c'est logique, très marqués par cette
origine, et réticents, même lorsqu'ils sont partisans d'une alliance avec le PS, à un parcours avec toute la gauche. Il n'est pourtant pas possible, comme l'a fait Arnaud Montebourg, de s'en
tenir là. Car le Centre a indéniablement bougé. Candidat une première fois à la Présidentielle, en 2002, dépouillé d'une partie de ses troupes par Jacques Chirac, fondateur de l'UMP, à nouveau
pillé par Nicolas Sarkozy après l'élection de celui-ci en 2007 – sans avoir appelé à voter pour lui – François Bayrou ne cesse, depuis 10 ans, de s'éloigner de la droite. Il a franchi plusieurs
étapes depuis le début de ce quinquennat, votant les motions de censure de la gauche, écrivant un pamphlet pas mal fichu, mais très marqué par un antagonisme tout personnel avec le Chef de
l'Etat, laissant Marielle de Sarnez s'exprimer à Marseille, se revendiquant – sans toutefois le dire – de Centre-gauche hier. Il ne doit donc pas y avoir de honte à dialoguer avec lui – à
débattre sur le fond plutôt. Reste à cerner la portée et les limites de ces discussions évenutelles – et c'est là où je me distingue de ceux qui pensent que rien n'est possible, comme de ceux qui
pensent que ça y est, c'est fait, que l'histoire est en marche et ne s'arrêtera pas. Car François Bayrou reste un homme du Centre et non de la Gauche. Il poursuit, en réalité, une visée
stratégique assez transparente, toujours la même : diviser et décrédibiliser le Parti socialiste, apparaître comme le meilleur candidat d'une coalition anti-sarkoziste – car il n'a en rien
renoncé à son rêve, son obsession de l'Elysée. L'alliance qu'il cherche est un tryptique Modem/Verts/PS, excluant de facto le PC, dont il serait le maître. En effet, cet alliage se construirait
au prix de tels renoncements idéologiques que le Parti socialiste serait disponible pour s'ouvrir à d'autres perspectives – les siennes. Bref, il souhaite fonder, sans l'avouer – peut-être est-ce
aussi le projet de certains socialistes, il n'est pas scandaleux, il doit être dit – un Parti démocrate à l'italienne, dont la démocratie chrétienne serait l'incarnation électorale. Qu'ils sont
naïfs – ou faussement naïfs – ceux qui ne comprennent pas cette stratégie, ou feignent de ne pas la comprendre ! Je ne crois pas, pour ce qui me concerne, que nous devions la valider. D'abord
parce qu'elle impose, subrepticement, le renoncement à l'identité de la gauche. Ensuite parce qu'elle est de ce fait, contrairement aux apparences d'une arithmétique implacable, probablement
perdante – le Parti démocrate, illisible perdant des forces des deux côtés, à droite et vers un Centre conservateur. C'est pourquoi je propose une autre démarche. Renforçons, avant tout, notre
propre armature intellectuelle, pour être à la fois plus attractifs et plus cohérents. Consolidons nos liens avec la gauche et les écologistes : là est le coeur véritable de l'alternance de
demain. Refusons certains facilités, qui sont des pièges et n'ont pas de sens. Ainsi en va-t-il d'une primaire ouverte au Modem : non, il ne peut pas y avoir un candidat de la Gauche et du Centre
au premier tour de la présidentielle, d'autant plus que François Bayrou ne le veut pas – sauf s'il s'agit de lui – bien sûr, la gauche doit absolument y être présente. Cette hypothèse brouille le
jeu et n'apporte rien ! C'est dans ce contexte que le débat avec le Centre peut s'organiser. Quel peut être son objectif ? Bâtir d'éventuels contrats de gouvernement, locaux ou national, qui
peuvent émerger du deuxième tour des élections régionales de 2010, ou de la présidentielle de 2012. Quelle méthode ? Revenons à l'idée que j'ai formulée dès septembre 2007, d' « Assises
des progressistes », d'une confrontation structurée permettant d'identifier nos convergences – sans doute significatives – et nos divergences – pas négligeables : c'est moins spectaculaire
sans doute, mais plus fructueux et construit qu'un vague « Parlement de l'alternance ». Cette démarche là est moins avantageuse pour François Bayrou, elle le sert moins. Mais elle est,
j'en ai la conviction, plus crédible, plus cohérente, plus juste, plus respectueuse des identités respectives – et toujours bien distinctes – de la Gauche et du Centre. Elle n'est pas un jeu
tactique, un jeu médiatique, ou une martingale superficielle. C'est pourquoi je la propose ici. Et c'est pourquoi, aussi, parce qu'elle est plus exigeante, elle fera moins les gros
titres.
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